Les services des administrations publiques africaines, en particulier ceux de Côte d'lvoire, ont besoin d'un check up et d'une thérapie de choc pour faire face aux défis des temps

nouveaux. Des maux les sclérosent et les empêchent d'être efficaces et compétitifs dans
un environnement économique national et international qui abandonne tous ceux qui n'excellent pas dans leur domaine de compétence au bord du chemin. C'est ce que le ministre ivoirien de l'Economie
et des Finances, Charles Diby Koffi explique entre autres dans «Management des Services publics, Retour d'expériences: des raisons d'espérer », un livre sorti il y a peu chez NEI (Nouvelle édition
ivoirienne), Dans cet ouvrage, l’argentier ivoirien exhorte les dirigeants et cadres africains à plus de responsabilité dans la gestion des administrations publiques. Charles Diby
Koffi lance un appel pour une large prise de conscience en faveur de la gestion de la chose publique.
« Nous sommes devenu fonctionnaires par idéalisme et par conviction» rapporte le ministre de l'Economie et des Finances, Charles Diby Koffi, dans l'avant propos de son livre (P. 15). Père des
réformes au niveau du Trésor et de la Comptabilité publique de Côte d'lvoire, il sait en détail les maux contre lesquels, autorités d'ici et d'ailleurs, doivent s'élever. Avec lui, un agent
d'une administration publique doit pouvoir agir comme celui du secteur privé. Car, avec le modernisme en cours, à travers la globalisation et la mondialisation, tout le monde court vers un seul
but : la compétitivité. Mais, l'auteur est conscient qu'atteindre un tel objectif, nécessite beaucoup plus de sacrifices. Cela dit, il faut mettre fin aux habitudes et pratiques anciennes qui ont
pour nom la corruption, la gabegie, la délation, le copinage. le tribalisme et toutes formes de favoritisme. Autant de plaies qui gangrènent la fonction publique. Le simple agent qu'il fût avant
d'être promu directeur général du trésor et de la Comptabilité publique de Côte d'lvoire (par appel à la candidature, une première en Côte d'lvoire dans les régies financières), se bat depuis
quelques années contre toutes ces tares de l'administration publique. « Quand nous l'avons pu a des niveaux très modestes, nous avons essayé d'impulser un changement, mais cela n'a pas toujours
été facile ». explique-t-il. Mais l'acharnement et la patience de l'ancien directeur général du Trésor ivoirien ont commencé à payer. Aujourd'hui, grâce aux réformes qu'il a imposées et à la
culture du travail collégial, cette régie financière fait des prouesses en termes de rentabilité et de transparence, Mais, l'idée du ministre de changer les habitudes ne s'applique pas qu'à
l'administration du Trésor. Au-delà des régies financières, elle concerne toutes les administrations publiques ivoiriennes. Mieux, Charles Diby Koffi est allé un peu loin, hors du cadre ivoirien,
Parce que les maux qu'il stigmatise sont aussi vécus ailleurs en Afrique et même hors du continent.
En touchant du doigt, les imperfections des administrations publiques, l'auteur du livre ouvre ainsi le débat sur la nécessité d'une Vision nouvelle des Services publics sur la problématique de
leur modernisation. ...Le mal est profond selon le diagnostic posé par le ministre Charles Diby Koffi, les administrations publiques se caractérisent par le peu de qualification. II n'y a en fait
pas de rigueur et de transparence dans le recrutement des agents de l'Etat, A cela s'ajoutent l'inadaptation de la formation aux besoins et le manque de motivation. Concernant spécifiquement
l'accès aux emplois de la fonction publique (P35), l'auteur explique que contre de l'argent, l'on est volontiers complaisant dans le recrutement des futurs fonctionnaires. Et pis, cette facilité
obsessionnelle est observée au niveau des examens et concours. Si tel est le chemin favori de la jeunesse vers la réussite, Charles Diby Koffi se désole et crie au danger.« S'il en est ainsi dans
maints domaines dont celui de la Santé et même, ceux très sensibles, de la Sécurité et de la Défense nationale, de la justice et de l'Administration générale que pourrait-il advenir de la
Nation, de la gestion des Services publics et des ressources humaines? (P.34) ». Le ministre souligne aussi que l'absence de rigueur dans le recrutement fait que souventes fois les ressources ne
correspondent pas aux besoins. Tout se fait au détriment des règles établies. Et même certaines personnes se plaisent à brandir la casquette d'aîné, dans les Services quand il s'agit par
exemple de promouvoir un jeune cadre compétent à un poste donné. « En effet, tout se passe comme s'il n'y avait pas de normes de référence, de boussole, il est des effectifs pléthoriques dans
presque tous les Services » (P.37).
Tous les maux de l'administration ivoirienne ne concernent pas que le mauvais recrutement et/ou l'inadaptation des formations aux besoins. L'argentier ivoirien relève aussi le manque de
motivation de l’agent dû à l'absence de plan de carrière et de profil professionnel. Ainsi la démotivation dans certains Services de l'administration publique est telle que, l’agent vient au
travail quand il veut. Parce qu'il se dit qu'il n'y a pas d'objectif à atteindre. Mais également, les promotions, sources de motivation ne sont pas faites dans les conditions normales.
Elles sont faites selon le bon vouloir du patron, qui fait un mythe autour de sont titre de directeur. Parfois même les agents ne savent pas sur quelle base ou quel critère ils ont été promus, «
Le plus souvent, les agents sont jugés simplement à leur degré de zèle à l'égard du grand patron ou de leur disponibilité à l'endroit de ses enfants qu'ils utiliseront leurs week-end à
promener, ou pis encore, à l'aune de leur sollicitude à l'égard de madame… Tout est mis en oeuvre pour plaire... » (P.42). Ainsi, généralement ceux à qui on accorde des promotions ne sont pas les
plus méritants. Et ça, c'est propre aux administrations africaines. L'auteur ne manque pas aussi de relever la vétusté des locaux abritant les Services et l'absence de rigueur dans l'acquisition
et la gestion du matériel de travail, En effet, dans les Services des administrations publiques, il n'y pas de suivi, il y a un tel laisser-aller ! « Si le manque de suivi est une insuffisance
notoire des administrations publiques, l'absence d'évaluation n'en constitue pas moins une tare, un boulet qu'elles traînent comme le lourd fardeau de la Dette publique » (P.65). C'est-à-dire,
combien de fois le manque de suivi entraîne des dépenses inutiles qui pèsent lourdement sur le budget des Etats. Mais le ministre Charles Diby Koffi ne met pas sous le boisseau l'incivisme
notoire qui caractérise nos administrations étatiques. Les valeurs civiques et morales sont à longueur de journée foulées au pied. Subséquemment la corruption est rampante ; pour un service
rendu, il faut débourser de l'argent. Toutefois, le ministre garde l'espoir pour les administrations. « Bien sûr, tout le tableau n'est pas uniquement sombre : il est des lueurs d'espoir
qu'incarnent de nombreux responsables africains silencieux et consciencieux qui font correctement leur travail autant que des services étatiques suffisamment performants » (P.7S), Cela dit, pour
le ministre, des mesures correctives s'imposent. ...En attendant, ce qu'il convient de faire pour sortir d'une administration lourde et vieillissante. L’écrivain ministre ivoirien de l'Economie
et des Finances suggère des solutions nouvelles. Celles-ci partent du renouvellement de l'outil de travail, au changement de mentalité des agents et de leur encouragement à travers des actes
sociaux. Une responsabilisation des collaborateurs vis-à-vis des responsables de Services fait partie du plan de redressement des administrations publiques dont parle le ministre dans son
premier essai. C'est Une expérience réelle qu’il a vécue en sa qualité de directeur général du trésor et de la comptabilité publique. « Il apparaît en filigramme, l’impérieuse nécessité de
responsabiliser les collaborateurs et surtout d’appuyer les initiatives novatrices. Cette méthode s’oppose à la délégation formelle qui n’a ici, aucun intérêt » (P.84). En fait, la
responsabilisation dont il s’agit valorise le collaborateur. Elle est d’essence démocratique et concourt puissamment à libérer les énergies parce que tuant en chacun l’autocensure. «En
application de cette option, nous avons détaché en 2003, des conseillers techniques, cadres expérimentés auprès des services centraux, avec pour mission d’aider à la mise en œuvre des
instructions de la direction générale et assurer un feed-back régulier de la marche des services. Loin d’être un dispositif policier, ce détachement s’inscrit dans le cadre du suivi et du
contrôle interne indispensables aux nécessités d’ajustements de l’action administrative, le cas échéant ». Dans ces conditions, explique le ministre Charles Diby Koffi, « le
manager doit avoir une bonne dose de patience, de tolérance et d'humilité. II doit constamment avoir à l'esprit que l'erreur est humaine et que ses collaborateurs, autant que lui, peuvent se
tromper ». Le ministre ne manque pas aussi d'appeler à la modernisation des outils de gestion et des méthodes de travail. « Ainsi, l'adaptation des outils de travail aux évolutions technologiques
passe, non seulement, par le renforcement quantitatif et qualitatif des équipements, mais également et surtout par la formation des utilisateurs à leur parfaite maîtrise pour en tirer les
meilleurs profits possibles (P.90) » L'auteur préconise également la rationalisation du système de gestion et la promotion de la gestion administrative a visage humain. Ces méthodes ont du
succès, depuis son passage à la direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique. En somme le « Management des services publics, Retour d'expériences...raison d'espérer »
se présente comme un livre qui suscite l'espoir chez les jeunes cadres des administrations publiques.
vu dans"L'intelligent d'Abidjan" fevrier 2008
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